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Pour Le Prix D’Un Café

Quand je suis sorti de l’école, j’habitais chez mes parents. Je n’avais pas d’emploi, mais point non plus de dépenses. Je me suis trouvé une job. Le salaire était « ben correct ». Après impôts, je faisais 24 000$ par an, soit environ 66$ par jour. Comme mon travail était exigeant, je me suis mis à boire du café. J’allais chez Starbucks et il m’en coûtait 4$ de la tasse.

Bien vite, ce délicieux nectar me devint indispensable. J’étais tellement accro que je buvais 16 tasses par jour. Le 2$ qui me restait, je le donnais en pourboire à la barista, question de l’impressionner. Ça ne marchait pas, mais peu importe. Pour une raison ou une autre, mes parents me trouvaient pas mal agité. Je leur tapais sur les nerfs et ils voulaient que je déménage, mais je n’en avais pas les moyens. Je dépensais tout mon salaire en café. Ils m’apprirent que, pour 1000$ par mois (250 cafés), je pouvais avoir mon propre condo. Comme cela équivalait à environ 33$ par jour, je n’avais qu’à diminuer ma consommation de moitié. Une chance qu’ils m’ont expliqué ça en termes de café, sinon je n’y aurais jamais pensé. Je me mis donc à boire huit tasses de moins par jour.

Étant donné que mon condo était en région, j’avais maintenant besoin d’un nouveau moyen de transport. J’allai chez un concessionnaire qui m’expliqua que, pour moins de trois cafés Starbucks par jour, je pouvais me permettre d’avoir ma propre BMW. Wow! Ça valait le sacrifice! En revanche, pour les 20$ par jour qui me restaient, je ne buvais plus que cinq cafés et j’étais pas mal grognon. J’arrivais à peine à rester éveillé. C’est alors que je découvris que je pouvais faire mon propre café pour à peine un dollar par tasse. Quelle économie! J’augmentai aussitôt ma consommation à vingt cafés par jour. Je n’avais jamais été aussi productif.

Étrangement, je me mis à souffrir de malaises : maux de tête, nausées, crampes et cætera. J’allai voir un docteur qui me recommanda fortement de « manger ». Imbécile. J’allai donc demander un deuxième avis, mais le diagnostic fut le même. À cause de ces charlatans, je dus me mettre à dépenser dix cafés par jour en nourriture.

Ai-je mentionné que j’allais au travail nu? Bien vite, certains de mes collègues se plaignirent de cette situation et je fus forcé d’acheter des vêtements. Voilà donc un autre café par jour que j’abandonnai. Par contre, mon nouveau style vestimentaire attira l’oeil d’une collègue. Avec elle, je me mis à sortir une fois par semaine. Il m’en coûtait quatre cafés par jour, mais je m’en fichais. Pour elle, je me serais volontiers privé des cinq doses qu’il me restait encore. D’ailleurs, pour maintenir le contact, mais aussi pour mon travail, je décidai qu’il me fallait un téléphone et un accès à internet. Le vendeur m’assura que pour le prix d’un café par jour, j’aurais les deux et la télé en prime. Quelle aubaine! Lorsque je vis la facture, je fus estomaqué. Il ne m’en coûtait pas qu’un dollar par jour, mais bien quatre! Le sacripant s’abreuvait chez Starbucks! J’étais réduit à un café par jour, mais j’étais heureux.

En sortant du magasin, une jeune femme m’aborda, tablette en main. Elle m’expliqua que pour le prix d’un café par jour, je pouvais sauver un enfant Africain de la famine et de la maladie. Ému, je sacrifiai mon dernier café. Je décidai que, désormais, je penserais à cet enfant pour me tenir éveillé. Son bien être suffirait à me garder debout.

En rentrant chez moi, j’entendis à la radio que le gouvernement augmenterait les taxes. Le ministre de l’environnement rassurait cependant la population, l’augmentation correspondait à « moins d’un café par semaine ». Quant à moi, du café, je n’en buvais plus. Je fus forcé de déclarer faillite.

madame pognée dans le café

Le propriétaire du Dooly’s retrouvé mort

Les policiers du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) ont fait une macabre découverte hier soir alors qu’ils sont intervenus dans un appartement du quartier Cap-Rouge. Le propriétaire du Dooly’s Ste-Foy, Rock « Le Rockeur Cool » Tétreault, a été retrouvé chez lui sans vie un peu après 23h40. Tout laissait croire à un suicide, puisque l’homme s’était vraisemblablement pendu et avait laissé une note d’adieu à sa famille.

Dooly's logo« C’était comme le jeu du bonhomme pendu où que quelqu’un avait choisi un mot vraiment tough. Sauf que c’était vrai et pas un jeu. C’était la vraie vie. Le jeu c’est le fun, mais pas ça. Ça c’était vrai et plate », nous a expliqué l’un des agents sur place.

Aucune surprise

« On l’a tous vu v’nir », nous confie le propriétaire du bloc appartement où Tétreault résidait,
« C’est clair que d’appeler sa business « Dooly’s » c’est un appel à l’aide ». Même son de cloche du coté de Carl Pacino, un ami proche du défunt « À part être propriétaire d’un commerce avec un nom de marde, tout allait bien. C’est la faute du Dooly’s, ça c’est clair. Y a des poursuites dans  l’air ». L’entreprise avait d’ailleurs remporté plusieurs Trophées Vision, notamment le convoité Entreprise la Moins Bien Nommée de la Décennie (EMBND) remis par la Chambre de Commerce et d’Industrie de Québec.

Au moment de mettre sous presse, quelques messages de sympathies avaient été laissés sur la page Facebook de l’entreprise. « R.I.P. le proprio du doolis moi je trouves que doolis c coool paske les deux O ca pourrais etre des boule 8 paske c la boule la plus cool », disait Ivre Guillemette, un client régulier.

Tétreault est survécu par sa femme Annie et ses deux enfants, Jataniel et Bong.

Le Facteur Manteauique

 23 janvier 2013eole

J’ai décidé aujourd’hui d’écrire quelques lignes pour vous parler d’un des phénomènes que je préfère : la température ressentie. À chaque fois que j’entends cette expression, je jubile. Enfin, une mesure de la température qui se base non pas sur un instrument fiable comme un thermomètre, mais bien sur la perception de tous et chacun.

La température ressentie combine la température réelle à la vitesse du vent afin de décrire la sensation de froid qui résulte de l’assèchement de la peau et du remplacement de la couche d’air chaud formée à la surface de la peau par une couche d’air froid amenée par le vent. Bien que ces facteurs n’affectent pas réellement la température et que la sensation varie d’un individu à l’autre, je trouve cette façon de mesurer beaucoup plus attrayante, car elle me permet de me sentir badass (je peux annoncer à tout le monde que je suis game de sortir malgré une température de -42) et d’avoir de longues et palpitantes conversations du genre « Ayoye donc Josée, i fait -40 000 dehors! » et « Réchauffement climatique, mon cul! » avec mes collègues de bureau.

De toute façon, tout le monde sait que la façon la plus adéquate de prendre une mesure est de lui ajouter une unité subjective afin qu’elle soit plus représentative de la condition humaine. Par exemple, lorsque que je veux calculer la distance qui sépare Montréal de Québec, j’ajoute toujours ce que j’appelle le « Facteur Fatigue » à la distance réelle. Par exemple, si l’on mesurait de façon « conventionnelle », on constaterait que 255 kilomètres séparent ces deux villes. Or, comme le mentionne cet article scientifique, la fatigue peut affecter négativement la perception des distances. C’est pourquoi, lorsque je me rends à Montréal et que je suis fatigué, je dis aux gens que je m’apprête à parcourir les 473 kilomètres ressentis qui me séparent de cette ville.

Je fais la même chose pour beaucoup des unités de mesure que nous utilisons tous les jours, toujours par souci d’être plus représentatif des sensations humaines. Ainsi, si jamais j’assiste à un cours excessivement ennuyant d’une durée de trois heures, je n’oublie jamais d’ajouter le « Facteur Ennui » et je dis au gens que je viens d’endurer un cours ayant duré huit heures ressenties. De la même façon, lorsque je révèle un secret à quelqu’un, je ressens une pression de moins sur mes épaules et je remplis mes formulaires médicaux en disant que je pèse 40 kilos ressentis (ou, pour ceux qui utilisent le système impérial, 88 livres ressenties). Je remplis aussi mes formulaires d’impôt avec mon revenu ressenti et je refuse toujours de payer mes contraventions puisque, confortablement assis dans mon siège d’auto, ma vitesse ressentie est toujours de zéro.

Selon moi, il ne fait aucun doute que ces unités sont plus valides que les vielles unités de type « exactes ». C’est pourquoi j’urge tous les scientifiques à maintenant faire de la science ressentie et à laisser leurs sensations les guider à travers leurs études.

Par contre, si j’avais à émettre une critique face au refroidissement éolien, je dirais probablement qu’il ne tient pas compte de tous les autres paramètres affectant l’être humain. Par exemple, il m’arrive, lorsque j’ai à sortir de chez moi en hiver, de mettre un manteau. Ce dernier, accompagné de bottes, de pantalons, de gants, d’un foulard et d’une tuque, me permet d’isoler mon corps du vent et de contrebalancer l’effet de celui-ci. C’est pourquoi je propose l’établissement d’un nouveau facteur appelé « Facteur Manteauique » (4 voyelles de suite, problème?). Avec ce nouveau coefficient, la formule pour le calcul de la température serait maintenant la suivante :

Température = Température lue sur le thermomètre (T) + Refroidissement Éolien (RÉ) + Réchauffement Manteauique (RM)

Dans cette équation le Réchauffement Manteauique se calcule de la façon suivante :

Réchauffement Manteauique = -1 x Refroidissement Éolien

Bref, en simplifiant : Température = Température lue sur le thermomètre + arrête de te plaindre pis met un criss de manteau.

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Au tour du Mexique de se produire au Festival d’explosions de Québec

4 août 2012

(Ce texte a été écrit en 2011 en hommage aux Grands Feux Loto-Québec. Je suis trop lâche pour changer les dates et les références. Deal avec.)

Les amateurs d’explosions de la ville de Québec se sont rassemblés par unités, voir même par dizaines hier pour assister à la 17e édition du Festival d’explosions de Québec. Les amateurs de sensations faibles s’étaient donnés rendez-vous devant les chutes Montmorency afin d’assister à la démonstration explosive de l’équipe mexicaine. La délégation du pays des tacos en a d’ailleurs mis plein la vue aux spectateurs, enchaînant les explosions toutes plus explosives les unes que les autres.

Il va sans dire que les passionnés de détonations en ont eu pour leur argent, comme nous l’explique l’un des spectateurs : « J’ai payé trente piasses pour mon billet pis j’ai dû voir facile cent explosions! Ça fait à peu près un trente-sous par explosion ça! ». Effectivement, il semble que ce tarif soit très compétitif, comme nous l’explique le porte-parole de l’évènement Daniel « Boom » Desjardins : « Le festival de Québec a vraiment un bon ratio de PPB (Piasses Par Boum). On tourne autour de 0,3 PPB. Certains festivals chargent jusqu’à 0,7 PPB, moi j’ai de la misère en calvaire avec ça. J’ai du ressentiment dans l’sang, poursuit-il, c’est vraiment une honte. ».

« Un feu d’artifice, c’est comme la rage dans une cage.» nous explique le chanteur de 40 ans afin d’expliquer son intérêt pour le Festival. « Quand ils [les dirigeants du Festival] m’ont approché pour me demander de devenir leur porte parole, j’ai immédiatement été emballé par l’idée. Je leur ai dit : “Retenez-moi quelqu’un, j’m’en dévore le corps!”».

De leur coté, les organisateurs des festivités étaient satisfaits du nombre d’amateurs de déflagrations qui s’étaient déplacés, mais espèrent aussi convaincre les fanatiques de couleurs d’assister aux autres spectacles. « Ce que les gens doivent comprendre, c’est que le festival célèbre bien plus que de simples explosions. Il y a aussi de la couleur dans le ciel pendant quelques secondes et de la musique. C’est vraiment un spectacle qui stimule les cinq sens, mis à part l’odorat, le toucher et le goût. » nous explique le directeur du festival, Daniel Papou. « Avec les nouvelles technologies, nous sommes vraiment capables d’aller chercher une bonne panoplie de couleurs, poursuit-il. Rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet, ce ne sont là qu’une fraction des teintes que l’on peut obtenir. Sept huitièmes pour être plus précis, l’autre couleur est le blanc. »

Pour les amateurs, le consensus semblait clair hier soir. La représentation de l’équipe provenant du pays où la nourriture donne la diarrhée en a laissé plus d’un bouche bée. Michel Michaud était de ce nombre et il nous a décrit son expérience : « Dans la vie, je n’ai que deux passions : le son “Boum!” et la musique mexicaine. Cette prestation est vraiment venue me chercher en combinant les deux choses que j’aime le plus au monde. »

Le festival sait aussi impressionner la génération skate. Jimmy, 15 ans, a semblé apprécier le spectacle : « C’était juste trop fou! Ca faisait “POUM!” genre full de fois! ».

Lorsque nous avons interrogé l’équipe mexicaine sur les secrets d’une performance réussie, ils nous ont répondu d’un simple et énigmatique « ¿Qué? ».

Du point de vue des nouvelles technologies, le Festival a su mettre toutes les chances de son côté. Il est en effet possible de suivre les performances en direct via le populaire réseau social Twitter à l’adresse @Explosions_2011.

boum

IL A DÛ ATTENDRE UN PEU

2 février 2012

L’histoire d’horreur d’un homme qui aurait pu mourir, mais qui est aujourd’hui en santé.

Richard Turcotte sait ce que c’est de souffrir. L’homme de 52 ans, père de deux enfants, a vu la mort de près. Effectivement, il a dû, en mai dernier, recevoir une transplantation cardiaque. L’attrape? Il a dû attendre un peu.

Le cauchemar de ce soudeur de Roberval a débuté en novembre 2010, alors qu’un médecin lui a diagnostiqué une insuffisance cardiaque grave, une maladie irréversible limitant drastiquement son espérance de vie.

Le pire dans tout cela, c’est, qu’historiquement, cette affliction est relativement récente. En effet, si l’on remonte dans le passé, la maladie était tout simplement inexistante. Ceci s’explique notamment par le fait que, bien que la pratique de la médecine ait toujours été répandue, elle était bien souvent archaïque et incohérente et ne disposait pas des outils nécessaires pour poser un tel diagnostic. Par exemple, à une époque, on croyait les démons responsables des maladies et on guérissait celles-ci en perçant un trou dans le crâne de la personne affligée en frappant sur sa tête avec une roche. Si M. Turcotte avait vécu il y a deux cent ans seulement, on aurait sans aucun doute fait découper sa peau par un barbier-chirurgien qui l’aurait saigné avec un couteau malpropre pour faire sortir la maladie de son corps. Cent ans avant cela, on aurait probablement blâmé une sorcière pour la condition médicale de l’homme et il aurait suffi de brûler vive une femme ou de la lancer dans une rivière pour tout régler. Cent ans avant cela, il n’aurait même pas eu à souffrir de cette terrible maladie, car les gens vivaient en moyenne jusqu’à l’âge 35 ans.

Heureusement pour Richard Turcotte, nous disposons aujourd’hui des technologies et du savoir-faire permettant d’extirper de sa cage thoracique le cœur d’un cadavre frais, de transporter sur des centaines de kilomètres cet organe vital dans une petite boîte réfrigérée, de fendre en deux le corps d’un autre homme afin de lui arracher l’organe responsable de sa circulation sanguine et par extension de sa vie, tout en gardant son corps en vie en le connectant à une machine faite de métal et de plastique, pour ensuite coudre le coeur mort dans cette demi-dépouille, lui permettant ensuite de vivre en ayant en lui le coeur qui battait dans le corps d’un autre humain il y a seulement quelques heures. Tout cela pendant qu’il est couché sur un lit sans en avoir conscience et ne ressent aucune douleur.

« Mais le lit n’est pas si confortable que ça », se rappelle avec difficulté M. Turcotte « et la bouffe est pas si bonne », poursuit l’homme qui a maintenant pu reprendre sa vie quotidienne comme si rien de tout cela ne s’était produit. Selon lui, l’attente dans les hôpitaux est un véritable fléau de société et il ne ménage pas ses propos envers le système de santé québécois et le premier ministre Jean Charest : « Câlisse Charest! Arrête donc de te pogner le cul hostie! Moi là, j’paye des taxes tabarnak! Ça, ça veut dire que j’ai le droit d’avoir l’hôpital gratis pis que j’suis pas supposé attendre une criss de seconde quand j’y va! ».

Le père de famille a effectivement dû attendre un peu plus de six mois avant de recevoir un nouveau coeur, un délai qu’il juge inacceptable : « J’ai pas juste ça à faire moi hostied’attendre qu’on me sauve miraculeusement la vie grâce aux merveilles de la science moderne, j’manque plein d’émissions de télé criss! » se lamente-t-il.

Pour la suite des choses, M. Turcotte n’exclut pas des poursuites judiciaires contre le gouvernement québécois et la Régie de l’assurance maladie du Québec. Il dit avoir consulté un avocat à ce sujet, mais être réticent à s’engager dans le long processus que sont souvent les batailles judiciaires : « Je l’sais pas encore. C’est sûr que si c’était juste de moi, j’mérite du cash, mais j’veux pas m’engager là-dedans si c’est pour prendre plus que deux semaines. ». Les représentants du gouvernement et de la RAMQ ont strictement refusé de commenter l’affaire.

Un fléau inacceptable

11 janvier 2012

Très chers amis et concitoyens, j’écris aujourd’hui ce texte pour vous parler d’un enjeu de société qui, je le crois sincèrement, touche chacun d’entre nous. Je veux dénoncer une injustice qui, chaque jour, fait des centaines, voir peut-être même des milliers de nouvelles victimes. Pourtant, le phénomène auquel je veux aujourd’hui vous exposer demeure au mieux marginalisé et au pire complètement ignoré par les différents paliers de gouvernement. Je vous citerais volontiers des statistiques sur le sujet, mais j’ai bien peur que de tels chiffres n’existent tout simplement pas. Aucun organisme n’est dédié à contrer ou prévenir ce problème. Vous ne verrez pas Roy Dupuis ou une toute autre célébrité se dresser devant ce monstre. Aucun des nombreux médias qui nous informent chaque jour n’ose alerter le public à propos de ce danger qui nous guette tous.

C’est pourquoi je trace ces lignes aujourd’hui. Il est temps d’arrêter de balayer cet enjeu sous le tapis et d’y faire face une bonne fois pour toutes. Il faut que quelqu’un, n’importe qui dise enfin tout haut ce que tout le monde pense tout bas : il est temps de bannir les toilettes automatiques.

Je serais presque quasiment prêt à peut-être possiblement mettre ma main au feu que la situation suivante vous est déjà arrivée. Vous pénétrez avec réticence dans une toilette publique et, comme toute personne sensée, vous faites l’une de deux choses. Si vous êtes comme moi, vous vous contentez d’au moins essuyer les gouttelettes d’eau (en espérant que c’est de l’eau) jonchant le siège de toute part. Par contre, si vous êtes un peu plus obsédé par la propreté, vous déposez de façon minutieuse bon nombre de languettes de papier sur le siège afin de former une barrière impénétrable entre vous et ce que vous percevez être un bassin de crasse et d’immondice.  Sauf qu’au moment de vous asseoir sur cette véritable œuvre d’art que vous venez de façonner, se déclenche soudainement un geyser destructeur venant ruiner tout votre beau travail. Vous remarquez alors un détail qui vous avait précédemment échappé. Là, au mur où devrait normalement se retrouver une sympathique chasse d’eau, figure plutôt le regard froid et calculateur d’un œil magique. Vous réalisez alors que vous venez de pénétrer dans l’antre du diable, mais il est trop tard, vos pantalons sont déjà autour de vos chevilles.

Vous vous résignez donc à vous asseoir sur ce monstre de porcelaine et, malgré la peur qui vous paralyse, vous finissez par faire ce que vous avez à faire. La satisfaction vous fait presque oublier votre situation fâcheuse et vous décidez donc d’être téméraire : vous changez légèrement de position. Dès que vous effectuez votre menu mouvement, vous êtes ramené à la réalité par une véritable douche d’eau froide. La tempête se met à faire rage en dessous de vous. Un torrent d’eau vous éclabousse, vous fouette, se frotte sans scrupule contre vos parties génitales et vous pourlèche l’anus, tout cela sans que vous ne puissiez faire quoi que ce soit pour l’en empêcher. Vous vous sentez humilié, trahi, violé et surtout complètement détrempé. Il ne vous reste plus qu’à essuyer tout ce gâchis et à tenter de reprendre une vie normale, en espérant que vous ne rencontrerez plus jamais un tel monstre.

Mais il est partout. Vous avez l’impression qu’il vous guette, qu’il vous épie. Prêt à poser ses dégoutantes tentacules aqueuses sur vous dès votre prochain moment de faiblesse. Lorsque vous serez vulnérable car vous n’aurez pas le choix; pas le temps.

Comment est-il possible qu’une société qui se prétende moderne laisse subir de telles atrocités à ses citoyens sur une base quotidienne?

L’argument principal que j’ai trouvé en faveur de ce type de toilette est celui de l’hygiène. En effet, on argumente que le fait de ne pas avoir à toucher la chasse d’eau permet d’éviter les dangereux pathogènes qui font de ce petit levier leur demeure. Or, voici mon contre argument : « Lave tes mains, criss de porc. ».

Je peux comprendre de ne pas se nettoyer les mains après avoir uriné. En fait, on pourrait même dire que je suis un adepte de cette pratique, surtout lorsqu’il n’y a personne d’autre dans la salle de bain pour me juger. Après tout, mon pénis est très propre et j’ai un contrôle urinaire suffisant pour ne pas me pisser sur les mains (mais tout cela est une autre histoire). Par contre, je ne peux admettre que quelqu’un omette de se laver les mains après avoir fait danser ses sphincters (une façon plus polie de dire « faire caca »). À moins de ne pas vous être essuyé du tout, vous venez littéralement de plonger votre main dans l’antre de la bête, en la protégeant uniquement d’une mince couche de papier. Tout cela pour dire que le levier de chasse d’eau devrait être le moindre de nos soucis. Dans un monde idéal, nous devrions toujours nous laver les mains après les avoir frottées contre notre anus, peu importe si nous devons par la suite activer une petite manivelle ou non.

Donc, chers amis, je vous le demande. Ne chions nous pas tous d’un même cul? La charte des droits et libertés ne couvre-t-elle pas aussi nos fesses? Ne méritons nous pas un monde meilleur? Un monde où chacun peut aller aux toilettes paisiblement, sans devoir s’attendre à subir des représailles sous forme d’éclaboussures anales? Bien sûr, certains diront qu’il y a de nos jours des problèmes plus graves au Québec comme le suicide ou le cancer ou Claude Poirier. À cela je réponds oui, certainement. Mais comment pouvons nous espérer vaincre ces fléaux si nous ne sommes même pas capables d’aller aux toilettes sans craindre de se faire mouiller le cul?

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